
La mamie de Leeloo travaille pour une dame qui a investi d'importantes sommes d'argent dans la création d'une entreprise qui évolue dans un marché où la compétition est féroce.
La dame en question, bien inquiète de voir ses rêves s'évaporer dans une faillite, a décidé de demander à ses anges gardiens de lui venir en aide.
Elle s'est donc engagée à les recevoir chez elle et à leur trouver quelqu'un d'autre pour les héberger au terme de leur visite.
Le second hôte serait responsable de les accueillir et de leur trouver leur prochaine demeure, passant le flambeau à une troisième personne formant ainsi une chaîne qui, si elle n'est pas brisée, devrait apporter bonne fortune à ceux qui y participent.
La dame appelle donc Mamie pour lui demander de recevoir les anges chez elle. Mamie, sans trop se poser de question, accepte et reçoit les instructions à observer lors de leur visite.
"Il faut placer sur ta table un bol de riz et une pomme sur un napperon. Ce repas doit être éclairé par un cierge en tout temps", dit la dame très sérieusement.
"Je dois laisser la chandelle allumée même la nuit? Quand je dors?"
"Oh non, tu peux éteindre le cierge la nuit et le remplacer par une lampe électrique. Du moment que le repas sur la table soit toujours éclairé."
"Ah."
"Quand les anges seront prêts, je vais t'appeler et nous devrons ouvrir nos portes de maison en même temps. Les anges passeront de chez moi à chez toi. Au bout de cinq jours, tu devras faire la même chose avec quelqu'un d'autre."
"Je comprends."
Le jour du rituel arrive et les deux dames ouvrent et ferment respectivement leurs portes.
Mamie s'empresse d'appeler une copine pour la convaincre d'être la prochaine hôtesse.
"Tu veux bien recevoir les anges de ma patronne pour cinq jours? Ça va te porter chance..."
"Ils font du ski nautique, les anges? Parce que moi, j'ai prévu de monter au chalet ce week-end."
L'amie refuse, mais rappelle quelques heures plus tard.
"Je me suis informée au sujet de tes anges et ton truc, c'est un rituel
Vaudou."
"
Du Vaudou ???"
"Oui, t'es en train de te faire jeter un mauvais sort. Une amie d'une amie a déjà vécu en Afrique et il semble que ce soit une pratique courante..."
Mamie est soudainement très inquiète. Du vaudou? Sa patronne avait déjà mentionné qu'elle passait ses dimanches avec sa
famille, c'était sûrement ce dont elle parlait. Un culte obscène où l'on dansait nu aux rythmes des tam-tams. Elle décide donc d'appeler tante Ancienne, une vieille soeur grise, qui jadis avait été envoyée en
Haïti en
mission d'évangélisation. Sûrement, cette sainte femme qui avait tout tenté pour sauver ce peuple de sa propre culture saurait la conseiller. Il est évident qu'elle avait besoin d'une
experte.
"C'est grave!", dit tante Ancienne. "Ces gens-là sont malfaisants... Là-bas, j'ai été témoin d'envoûtements. Ceux qui pratiquent ce genre de sorcellerie sont tous sous l'emprise de possessions démoniaques. Ils font des sacrifices pour obtenir des faveurs..."
La gravité de la situation commence à s'établir clairement dans l'esprit de Mamie. C'est bien pire que la fois où elle avait pensé se convertir au
Bouddhisme après avoir visité un temple. Elle avait découvert par la suite que les bouddhistes pratiquaient le
végétarianisme et ne mangeaient pas de viande sur le barbecue.
Là, c'était une toute autre affaire. Ceux qui pratiquent le vaudou sacrifient des animaux. Une pratique tout à fait barbare.
"Qu'est-ce que je dois faire?"
"Tu dois voir réciter la prière de l'Ange Gardien matin et soir. Tu dois aussi voir un prêtre au plus vite et lui demander de venir bénir ta maison."
Le chien aboie soudainement. Il y a du mouvement dans la cour. Quelqu'un semble y tourner en rond, les bras tendus devant lui. Un
zombie qui cherche à entrer? Et Papi qui tond le gazon...
Mamie, nerveuse, s'empresse de jeter la pomme, le riz et le cierge dans la poubelle. Elle récite sa prière et se rend voir le prêtre.
Le prêtre, en entendant l'histoire de Mamie, lui demande si elle a un crucifix dans la maison.
"Oui, accroché sur ma lampe de chevet, il y a un crucifix en plastique."
"Bien. Il vous protège contre les mauvais esprits vaudous. Il n'est pas nécessaire que je bénisse votre maison. Je vais vous donner un cierge que vous ferez brûler à votre retour et je vais vous bénir. Cela sera suffisant."
Ces mots rassurent Mamie. En y pensant bien, elle se rend compte qu'elle avait chassé les mauvais esprits dès le départ, car le premier soir, avant d'aller au lit, elle a remplacé le cierge de l'offrande par sa lampe de chevet. Cette même lampe où était suspendu le Christ en plastique.
Ce petit Jésus fluo avait,
logiquement, chassé le mauvais oeil.
Amen.